Avec l'ouverture au public de la Caverne du Pont d'Arc, l'intérêt pour les grottes ornées du Paléolithique connaît un certain regain. C'est l'occasion de voir sortir, ou ressortir, quelques livres sur ces sujets. Je ne me plaindrai pas que l'archéologie préhistorique bénéficie d'un peu de médiatisation.
Ainsi, un très bel album de photographies, avec un texte de Jean Clottes, publié il y a deux ans par le Dauphiné Libéré (c'est annoncé dès les premières lignes), a les honneurs d'une nouvelle publication très soignée par Actes Sud, sous le titre "La grotte du Pont d'Arc dite grotte Chauvet - Sanctuaire préhistorique". Le prix très raisonnable (25€) permettra à ceux qui ne peuvent pas se rendre en Ardèche de satisfaire leur curiosité sans se ruiner (et à ceux qui auront visité le site, de garder un très beau souvenir).
Le préhistorien nous explique l'essentiel dans ce livre : à quelle époque ont été réalisées peintures et gravures dans cette grotte ; par qui ; dans quel contexte environnemental. Il raconte aussi la découverte de la grotte, fin 1994, en évitant soigneusement les controverses, toujours pas réglées (elles mériteraient peut-être un autre livre, mais parasiteraient inutilement celui-ci). Et il donne assez d'éléments pour que l'on puisse se faire une idée du type de travaux scientifiques menés dans le site.
Bien entendu, une bonne place est accordée aux peintures et aux gravures. Les photographies sur de pleines pages, voire des doubles pages, avec différents niveaux de détail, sont le clou du livre. On ne se lasse pas de les regarder, d'autant qu'elles sont reproduites avec une très bonne qualité. L'idée de terminer en braquant l'attention sur quelques espèces représentées, sur lesquelles le lecteur aurait pu ne pas s'arrêter, est aussi excellente. On en aurait presque voulu plus!
Je n'ai qu'une réserve, à propos des dix pages du livre consacrées aux motivations des préhistoriques pour réaliser de telles peintures et gravures. Jean Clottes y présente en effet son scénario "chamanique" comme l'hypothèse "qui rend le mieux compte des faits établis, non seulement par les observations de terrain et par les découvertes récentes, mais également en prenant en compte ce que l'on sait des modes de pensée dans les sociétés traditionnelles". Cette opinion, présentée de façon si catégorique, n'est en fait pas partagée, c'est le moins que l'on puisse dire, par l'immense majorité des préhistoriens actuels.
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lundi 12 octobre 2015
vendredi 3 juillet 2015
Vulgarisation et BD
J'avais entendu parler de "L'Art préhistorique en bande dessinée" (notamment par l'auteur, Eric Le Brun, dont je suis "ami" sur FB). Deux tomes ont été publiés en 2012 et en 2013 par Glénat. Mais je n'avais pas lu. Le coût très modique de ces deux petits albums (5€ et 7,5€) m'a incité à les acheter dans la boutique de Lascaux 2. J'ai été surpris, je ne m'attendais pas à ce que j'ai vu/lu (les deux dimensions sont importantes dans la BD).
D'abord, il faut saluer le travail documentaire de l'auteur. Une bonne partie de ses dessins reproduisent de façon très évocatrice des oeuvres du Paléolithique supérieur. Art rupestre ou mobilier, il navigue habilement entre la fidélité aux originaux et l'unité de son propre style. Le choix du dessin au trait noir, seulement rehaussé par endroit par du rouge, dans le premier volume est à cet égard très heureux. Il y a un peu plus de couleur dans le second volume, mais elle reste assez discrète.
Le premier volume est consacré exclusivement à l'Aurignacien. Le second nous laisse à l'orée du Magdalénien (ce qui laisse penser que l'auteur a au moins une troisième époque en préparation). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que rien n'est oublié. L'auteur ne se contente pas de nous présenter les principaux sites : il consacre aussi des cases, ne serait-ce qu'une, à des grottes moins connues. Il aborde aussi, brièvement, quelques pratiques culturelles qui ont laissé des traces archéologiques, telles que les sépultures ou les tentatives de tissage, ainsi que la musique.
Habilement aussi, l'auteur se contente de montrer les vestiges archéologiques. Il ne prend pas parti dans les querelles entre spécialistes quant aux motivations sous-jacentes à cet "art" préhistorique (cela dit, en le qualifiant d'art, il prend parti, c'est inévitable). Il ne fait pas non plus de concessions à la fiction, comme le terme de "bande dessinée" pouvait le laisser penser, esquissant à peine quelques mises en scène. Cela lui évite, là aussi, les controverses inutiles sur le réalisme de ses restitutions
J'ai été un peu dérouté par l'aspect "catalogue" de la fin du second volume. A force de tout montrer, l'auteur nous perd un peu dans la multiplication des sites. Mais c'est assumé : la partie entièrement documentaire qui clôt chacun des ouvrages, avec cartes, listes de sites et lexique en souligne l'aspect pédagogique. Nul doute que les plus jeunes y trouverons du grain à moudre. Je n'hésiterais en tous cas pas à offrir ces livres à des enfants dès la manifestation chez eux d'un signe d'intérêt pour la préhistoire : on ne sait jamais ce qui peut entretenir une passion, et il y a là tout à fait matière.
Pour conclure, un petit regret quand même : ces deux livres ne sont consacrés qu'à l'art préhistorique en Europe à partir de l'arrivée de l'homme moderne. Ils ignorent donc ce qui s'est passé dans les autres parties du monde, et dans les périodes plus anciennes. C'est particulièrement frappant dès le début du premier volume, quand l'auteur aborde, avec raison, la question des parures : dents et coquillages percés. N'oublions pas que de tels objets ont été fabriqués il y a au moins 75 000 ans en Afrique, à une date aussi éloigné des Aurignaciens que ceux-ci le sont de nous-mêmes. Il y aurait donc certainement un autre volume (intitulé "Epoque zéro"?) à dessiner.
D'abord, il faut saluer le travail documentaire de l'auteur. Une bonne partie de ses dessins reproduisent de façon très évocatrice des oeuvres du Paléolithique supérieur. Art rupestre ou mobilier, il navigue habilement entre la fidélité aux originaux et l'unité de son propre style. Le choix du dessin au trait noir, seulement rehaussé par endroit par du rouge, dans le premier volume est à cet égard très heureux. Il y a un peu plus de couleur dans le second volume, mais elle reste assez discrète.
Le premier volume est consacré exclusivement à l'Aurignacien. Le second nous laisse à l'orée du Magdalénien (ce qui laisse penser que l'auteur a au moins une troisième époque en préparation). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que rien n'est oublié. L'auteur ne se contente pas de nous présenter les principaux sites : il consacre aussi des cases, ne serait-ce qu'une, à des grottes moins connues. Il aborde aussi, brièvement, quelques pratiques culturelles qui ont laissé des traces archéologiques, telles que les sépultures ou les tentatives de tissage, ainsi que la musique.
Habilement aussi, l'auteur se contente de montrer les vestiges archéologiques. Il ne prend pas parti dans les querelles entre spécialistes quant aux motivations sous-jacentes à cet "art" préhistorique (cela dit, en le qualifiant d'art, il prend parti, c'est inévitable). Il ne fait pas non plus de concessions à la fiction, comme le terme de "bande dessinée" pouvait le laisser penser, esquissant à peine quelques mises en scène. Cela lui évite, là aussi, les controverses inutiles sur le réalisme de ses restitutions
J'ai été un peu dérouté par l'aspect "catalogue" de la fin du second volume. A force de tout montrer, l'auteur nous perd un peu dans la multiplication des sites. Mais c'est assumé : la partie entièrement documentaire qui clôt chacun des ouvrages, avec cartes, listes de sites et lexique en souligne l'aspect pédagogique. Nul doute que les plus jeunes y trouverons du grain à moudre. Je n'hésiterais en tous cas pas à offrir ces livres à des enfants dès la manifestation chez eux d'un signe d'intérêt pour la préhistoire : on ne sait jamais ce qui peut entretenir une passion, et il y a là tout à fait matière.
Pour conclure, un petit regret quand même : ces deux livres ne sont consacrés qu'à l'art préhistorique en Europe à partir de l'arrivée de l'homme moderne. Ils ignorent donc ce qui s'est passé dans les autres parties du monde, et dans les périodes plus anciennes. C'est particulièrement frappant dès le début du premier volume, quand l'auteur aborde, avec raison, la question des parures : dents et coquillages percés. N'oublions pas que de tels objets ont été fabriqués il y a au moins 75 000 ans en Afrique, à une date aussi éloigné des Aurignaciens que ceux-ci le sont de nous-mêmes. Il y aurait donc certainement un autre volume (intitulé "Epoque zéro"?) à dessiner.
lundi 15 juin 2015
Visiter la grotte de Rouffignac
Comme vous pouvez le lire ici, j'ai visité récemment la grotte de Rouffignac, en Dordogne. Plus justement nommée Cro de Granville, elle est aussi connue sous l'appellation de "grotte aux 100 mammouths", tant cet animal, rare par ailleurs dans l'art préhistorique, y est présent. En sortant, j'ai acheté un petit livre intitulé "Visiter la grotte de Rouffignac", signé de Marie-Odile et Jean Plassard, et publié en 1995 aux éditions Sud-Ouest (l'édition que j'ai achetée a été mise à jour en 2001).
Comme son nom l'indique, c'est un guide de visite. Il reprend peu ou prou le commentaire du guide, en l'étoffant de quelques détails, mais à peine. C'est un bon aide mémoire postérieur à la visite. Si on le trouve avant, sa lecture, qui ne prend pas plus d'une heure, est aussi une bonne préparation de celle-ci. Dans les grottes ornées, le temps est toujours trop court, et il n'est jamais inutile d'être préparé à ce que l'on va voir, afin d'en profiter pleinement.
Ce livre colle tellement à la visite qu'il ne nous montre presque aucune image des figures que l'on ne voit pas pendant celle-ci. Seuls le "mammouth à l'oeil coquin" et le "pharaon" (un bison) ont cet honneur. Heureusement, j'ai conservé le beau livre sur Rouffignac publié en 1999 par les éditions du Seuil et signé également par Jean Plassard. Il ne figure plus aujourd'hui au catalogue de l'éditeur. Ce sera l'un de mes prochaines lectures.
Comme son nom l'indique, c'est un guide de visite. Il reprend peu ou prou le commentaire du guide, en l'étoffant de quelques détails, mais à peine. C'est un bon aide mémoire postérieur à la visite. Si on le trouve avant, sa lecture, qui ne prend pas plus d'une heure, est aussi une bonne préparation de celle-ci. Dans les grottes ornées, le temps est toujours trop court, et il n'est jamais inutile d'être préparé à ce que l'on va voir, afin d'en profiter pleinement.
Ce livre colle tellement à la visite qu'il ne nous montre presque aucune image des figures que l'on ne voit pas pendant celle-ci. Seuls le "mammouth à l'oeil coquin" et le "pharaon" (un bison) ont cet honneur. Heureusement, j'ai conservé le beau livre sur Rouffignac publié en 1999 par les éditions du Seuil et signé également par Jean Plassard. Il ne figure plus aujourd'hui au catalogue de l'éditeur. Ce sera l'un de mes prochaines lectures.
dimanche 14 juin 2015
Altamira
A l'exception du guide de visite du musée que j'ai acheté sur place, il ne semble pas qu'il y ait aujourd'hui de livre en français disponible consacré à la grotte d'Altamira. S'agissant de la première grotte ornée du Paléolithique annoncée comme telle, dès 1879, c'est étonnant. Il faut croire que l'intérêt du public pour ces sites, en dehors des activités touristiques, n'est peut-être pas aussi important qu'on veut bien le dire (si j'en crois une rapide recherche sur Amazon.es, il n'y en a pas beaucoup non plus en espagnol!).
J'avais heureusement conservé dans ma bibliothèque le livre de Leslie Freeman et Joaquin Gonzalez Echegaray publié en 2001 par l'éphémère Maison des Roches, et intitulé sobrement "La grotte d'Altamira". On le trouve encore, neuf ou d'occasion, chez des libraires en lignes, et sans doute chez des libraires spécialisés. Avec ses 154 pages et ses nombreuses reproductions en couleur, et malgré son format restreint (19,5 par 22,5 cm), il donne une bonne approche de ce chef d'oeuvre de l'humanité
Quelques chapitres introductifs permettent une mise en contexte, avec la présentation du cadre naturel et culturel dans lequel les peintures ont été produites il y a au moins 14 000 ans, et avec le récit de la découverte et de la controverse qui s'en est suivi (en attendant que celle-ci soit racontée dans un film). Mais le coeur de l'ouvrage tient dans la description des oeuvres dans toute la grotte (et pas seulement celles du célébre plafond qualifié à l'époque de "Chapelle sixtine de la préhistoire") et dans une proposition d'interprétation.
Il est toujours difficile pour le profane que je suis de se faire une opinion sur le discours scientifique en matière d'art rupestre. Les animaux sont-ils bien identifiés? Leurs positions bien reconnues? Les comparaisons éthologiques bien établies? Ces réserves posées, la présentation des deux auteurs m'a semblé convaincante.
Selon eux, le grand plafond est essentiellement la représentation d'un troupeau de bisons en période de rut. La présence à proximité d'autres animaux (biche, cheval) n'a rien d'étonnant : ces espèces cohabitent naturellement, et pouvaient donc être observées à proximité les unes des autres. Evidemment, il est bien difficile de comprendre pourquoi des hommes sont venus peindre un plafond dans une salle où ils ne pouvaient pas se tenir debout, et encore moins contempler l'ensemble de la composition d'un seul regard, comme les aménagements pratiqués au début du XXe siècle permettent maintenant de le faire (on retrouve la même situation par exemple dans un secteur de la grotte de Rouffignac, en Dordogne).
Les auteurs penchent pour des rites d'initiation. Ils argumentent ce point surtout pour les peintures et les dessins réalisés dans des galeries très étroites, plus loin dans la grotte. Certaines figures sont visibles en entrant, d'autres en sortant, le tout en rampant. Et, poliment mais fermement, ils réfutent les hypothèses "chamaniques", très publicisées à l'époque de la publication du livre, et encore très présentes aujourd'hui dans les commentaires des guides qui font visiter les grottes ornées préhistoriques.
La dernière partie consacrée aux vestiges archéologiques aurait pu être plus courte. Pourquoi décrire par le menu les outils et la faune trouvés sur place, si c'est pour conclure que les fouilles ont été mal conduites au début du XXe siècle, qu'il n'a pas été possible de conduire convenablement de nouvelles fouilles depuis, et qu'on ne sait donc pas grand chose sur les relations entre le site d'habitat présent sous le porche d'entrée et les peintures situées plus profondément dans la grotte? Ah, si, quand même, on apprend que les animaux représentés n'étaient pas très différents des animaux chassés, au contraire d'une conclusion d'André Leroi-Gourhan après son étude d'un certain nombre de grottes françaises. Un point, là encore, trop souvent répété sans vérification par de nombreux guides.
J'avais heureusement conservé dans ma bibliothèque le livre de Leslie Freeman et Joaquin Gonzalez Echegaray publié en 2001 par l'éphémère Maison des Roches, et intitulé sobrement "La grotte d'Altamira". On le trouve encore, neuf ou d'occasion, chez des libraires en lignes, et sans doute chez des libraires spécialisés. Avec ses 154 pages et ses nombreuses reproductions en couleur, et malgré son format restreint (19,5 par 22,5 cm), il donne une bonne approche de ce chef d'oeuvre de l'humanité
Quelques chapitres introductifs permettent une mise en contexte, avec la présentation du cadre naturel et culturel dans lequel les peintures ont été produites il y a au moins 14 000 ans, et avec le récit de la découverte et de la controverse qui s'en est suivi (en attendant que celle-ci soit racontée dans un film). Mais le coeur de l'ouvrage tient dans la description des oeuvres dans toute la grotte (et pas seulement celles du célébre plafond qualifié à l'époque de "Chapelle sixtine de la préhistoire") et dans une proposition d'interprétation.
Il est toujours difficile pour le profane que je suis de se faire une opinion sur le discours scientifique en matière d'art rupestre. Les animaux sont-ils bien identifiés? Leurs positions bien reconnues? Les comparaisons éthologiques bien établies? Ces réserves posées, la présentation des deux auteurs m'a semblé convaincante.
Selon eux, le grand plafond est essentiellement la représentation d'un troupeau de bisons en période de rut. La présence à proximité d'autres animaux (biche, cheval) n'a rien d'étonnant : ces espèces cohabitent naturellement, et pouvaient donc être observées à proximité les unes des autres. Evidemment, il est bien difficile de comprendre pourquoi des hommes sont venus peindre un plafond dans une salle où ils ne pouvaient pas se tenir debout, et encore moins contempler l'ensemble de la composition d'un seul regard, comme les aménagements pratiqués au début du XXe siècle permettent maintenant de le faire (on retrouve la même situation par exemple dans un secteur de la grotte de Rouffignac, en Dordogne).
Les auteurs penchent pour des rites d'initiation. Ils argumentent ce point surtout pour les peintures et les dessins réalisés dans des galeries très étroites, plus loin dans la grotte. Certaines figures sont visibles en entrant, d'autres en sortant, le tout en rampant. Et, poliment mais fermement, ils réfutent les hypothèses "chamaniques", très publicisées à l'époque de la publication du livre, et encore très présentes aujourd'hui dans les commentaires des guides qui font visiter les grottes ornées préhistoriques.
La dernière partie consacrée aux vestiges archéologiques aurait pu être plus courte. Pourquoi décrire par le menu les outils et la faune trouvés sur place, si c'est pour conclure que les fouilles ont été mal conduites au début du XXe siècle, qu'il n'a pas été possible de conduire convenablement de nouvelles fouilles depuis, et qu'on ne sait donc pas grand chose sur les relations entre le site d'habitat présent sous le porche d'entrée et les peintures situées plus profondément dans la grotte? Ah, si, quand même, on apprend que les animaux représentés n'étaient pas très différents des animaux chassés, au contraire d'une conclusion d'André Leroi-Gourhan après son étude d'un certain nombre de grottes françaises. Un point, là encore, trop souvent répété sans vérification par de nombreux guides.
jeudi 11 juin 2015
La grotte de Font-de-Gaume
Mes lectures sont très orientées vers
l'art rupestre décidément, ces temps-ci. Puisque j'allais visiter
la grotte de Font-de-Gaume, aux Eyzies-de-Tayac, j'ai ressorti le
livre de Jean-Jacques Cleyet-Merle publié il y a un an aux Editions
du Patrimoine. Il est évidemment en vente dans toutes les bonnes
librairies de préhistoire, à commencer par celles des Eyzies, au
prix très modique de 12€.
On y trouve exactement ce que l'on peut
attendre dans une plaquette que l'on achète en souvenir. Y compris
de très belles photographies de représentations que l'on ne voit
pas pendant la visite de la grotte. La mise en contexte est simple et
accessible aux non spécialistes (j'aurais bien aimé quand même
qu'il nous explique ce qu'est le « passage du Rubicon »
dans cette grotte : un zone plus étroite, et alors?). Il raconte la
découverte, décrit dans les grandes lignes la culture magdalénienne
pendant laquelle des hommes sont venus peindre et graver ici.
L'auteur reste toutefois excessivement
prudent quant aux interprétations possibles de cet « art
préhistorique ». Il évoque à deux ou trois reprises
« l'hypothèse chamanique », selon laquelle les peintres
et graveurs se contenteraient en certaines occasion de reconnaître
des animaux déjà présents dans le relief de la paroi. Mais il
n'explique pas clairement de quoi il s'agit (et pour cause, cette
hyptohèse est quand même assez fumeuse). Et il n'évoque aucune
autre hypothèse. Il remarque toutefois judicieusement que,
contrairement à ce que l'on dit et écrit souvent, la différence
entre le bestiaire représenté et la faune chassée n'est pas si
importante que cela.
Ce livre a le grand mérite d'exister,
et contentera la plupart des visiteurs, et des amateurs d'art
préhistorique. Mais une équipe de préhistoriens aurait-elle les
moyens de faire une nouvelle monographie sur cette grotte, fondée
sur des travaux récents? J'ai le sentiment que les questions de
conservation ont, ces dernières années, pris le pas sur l'étude
des œuvres (et de la façon dont elles fonctionnent ensemble).
dimanche 5 avril 2015
A la guerre comme à la guerre
"La guerre de Troie a-t-elle eu lieu?" interroge Stéphane Foucart, journaliste au Monde en titre de son plus récent livre, paru en octobre 2014 (La Librairie Vuibert, 128 p., 10,50 €). Il est constitué de l'assemblage d'une série d'articles publiés au cours de l'été 2014 dans le quotidien qui l'emploie (mais enrichis, je le crois sur parole, les formats journalistiques étant plus contraignants que ceux des livres). La question n'est pas neuve, mais le sujet a le potentiel pour intéresser à l'archéologie un public cultivé.
Dans l'Antiquité, déjà, la guerre de Troie était un récit ancien, à propos d'événements totalement oubliés par ailleurs. Composé au cours du VIIIe siècle avant notre ère, il narre des événements qui se seraient produits quatre à cinq siècles auparavant. Aussi les érudits antiques ont-ils déjà abondamment commenté ce texte.
Mais ce n'est qu'au XIXe siècle que des travaux scientifiques ont véritablement commencé à propos de Troie. On retrouve ici l'allemand Heinrich Schliemann, qui localisa la cité perdue et la fouilla dans les années 1870, en détruisant au passage une bonne partie. On découvre aussi, moins connus, les linguistes Milman Parry et Albert Lord qui, dans les années 1920 étudièrent les mécanismes de transmission et de reproduction des épopées guerrières traditionnelles. Plus récemment, dans les années 1980, l'archéologue allemand Manfred Korfmann fit progresser considérablement la connaissance du site et, surtout, des vestiges supposés contemporains des événements de l'Iliade, avec son équipe de l'université de Tübingen.
C'est tout cela, et bien d'autres choses, que Stéphane Foucart nous raconte dans un style enlevé. Faire de l'archéologie un livre à la main, la Bible en Terre Sainte, les Commentaires de César en Gaule, ou l'Iliade, donc, en Grèce et en Turquie, est toujours hasardeux. Qu'avaient vraiment en tête les rédacteurs de ces textes? Certainement pas de laisser à de lointains descendants la possibilité de retrouver les traces matérielles de faits réels.
Le souci de Stéphane Foucart de ne pas tromper son lecteur, et son application à tenter de répondre à la question qui lui sert de titre, le conduisent par moments à des positions périlleuses de ce point de vue. Que l'on retrouve les noms des héros de l'Iliade, plus ou moins déformés, dans des textes grecs ou hittites n'a finalement que peu d'importance. Toutefois, dans l'ensemble, il ne s'en sort pas si mal, et le sous-titre de l'ouvrage, "Enquête sur un mythe", n'est pas non plus usurpé.
A ceux qui souhaiteraient en apprendre un peu plus sur la guerre de Troie, je suggère en complément la lecture d'un ouvrage collectif, issu de conférences grand public (mais érudites) et publié en 2007 par les éditions InFolio : Le cheval de Troie - variations autour d'une guerre.
Dans l'Antiquité, déjà, la guerre de Troie était un récit ancien, à propos d'événements totalement oubliés par ailleurs. Composé au cours du VIIIe siècle avant notre ère, il narre des événements qui se seraient produits quatre à cinq siècles auparavant. Aussi les érudits antiques ont-ils déjà abondamment commenté ce texte.
Mais ce n'est qu'au XIXe siècle que des travaux scientifiques ont véritablement commencé à propos de Troie. On retrouve ici l'allemand Heinrich Schliemann, qui localisa la cité perdue et la fouilla dans les années 1870, en détruisant au passage une bonne partie. On découvre aussi, moins connus, les linguistes Milman Parry et Albert Lord qui, dans les années 1920 étudièrent les mécanismes de transmission et de reproduction des épopées guerrières traditionnelles. Plus récemment, dans les années 1980, l'archéologue allemand Manfred Korfmann fit progresser considérablement la connaissance du site et, surtout, des vestiges supposés contemporains des événements de l'Iliade, avec son équipe de l'université de Tübingen.
C'est tout cela, et bien d'autres choses, que Stéphane Foucart nous raconte dans un style enlevé. Faire de l'archéologie un livre à la main, la Bible en Terre Sainte, les Commentaires de César en Gaule, ou l'Iliade, donc, en Grèce et en Turquie, est toujours hasardeux. Qu'avaient vraiment en tête les rédacteurs de ces textes? Certainement pas de laisser à de lointains descendants la possibilité de retrouver les traces matérielles de faits réels.
Le souci de Stéphane Foucart de ne pas tromper son lecteur, et son application à tenter de répondre à la question qui lui sert de titre, le conduisent par moments à des positions périlleuses de ce point de vue. Que l'on retrouve les noms des héros de l'Iliade, plus ou moins déformés, dans des textes grecs ou hittites n'a finalement que peu d'importance. Toutefois, dans l'ensemble, il ne s'en sort pas si mal, et le sous-titre de l'ouvrage, "Enquête sur un mythe", n'est pas non plus usurpé.
A ceux qui souhaiteraient en apprendre un peu plus sur la guerre de Troie, je suggère en complément la lecture d'un ouvrage collectif, issu de conférences grand public (mais érudites) et publié en 2007 par les éditions InFolio : Le cheval de Troie - variations autour d'une guerre.
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